Coma | Guyotat

«De même que pour traduire, dans mes fictions, ma vision du monde et y faire apparaître et parler mes figures, j’ai besoin de transformer ma langue maternelle, de même, souvent, dans la vie courante, pour traduire des idées, des sentiments, des émotions intimes, j’ai besoin de le faire dans une autre langue que la langue nationale ; pour pouvoir faire de cette parole autre chose qu’une simple parole : une émotion, un acte, un événement comme on les voit faire au théâtre ou au cinéma, ou dans les biographies exemplaires ; pour garder à cette parole son émotion organique — l’émotion de l’événement —, proche du ridicule dans la langue naturelle ; pour parler enfin comme on devrait pouvoir parler, d’humain à humain (dans l’œuvre, en plus, il me faut une scène fondatrice, l’esclavage, pour que le verbe s’accomplisse), d’humain à « Dieu ». Mais c’est surtout parce que je ne veux pas user dans la vie ordinaire du don verbal, en fructification dans l’œuvre, et pour rester semblable à mes semblables, que je dissimule ainsi par moments, sous une langue étrangère avec des tournures, des interjections tirées du théâtre ou du roman de cette langue que je peux aussi transformer pour les besoins de l’expression, la parole, l’émotion qui me désigneraient comme étant hors du commun.»

[Pierre Guyotat, Coma, Mercure de France 2006]

 

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