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traduzioni

« … la tache que Walter Benjamin assignait au traducteur : à la différence de l’écrivain, plongé, immergé dans sa langue, le traducteur reste à distance de la sienne, travaillant à y faire retenir l’appel du texte original, là où l’écho d’une langue étrangère peut se répercuter dans la langue de sortie… […] chaque langue de traduction travaillant à partir de son propre manque, de sa propre incomplétude, à révéler, à réveiller l’affinité entre les langues […] et poursuivant le dessin d’intégrer la pluralité des langues dans une langue unique. »

[H. Damisch]

https://www.academia.edu/28958390/auto-determinazione_gh%C3%A9rasim_luca

«La voix dans et par les poèmes de Luca n’exprime rien d’autre qu’une auto-détermination» (Serge Martin). O, secondo la formula di Ghérasim Luca, « exprimer l’inexprimable » all’interno del linguaggio. Benché non ci sia niente da esprimere, comme diceva Beckett: « il n’y a rien à exprimer, rien avec quoi exprimer, rien à partir de quoi exprimer, aucun pouvoir d’exprimer, aucun désir d’exprimer et, tout à la fois, l’obligation d’exprimer »

 

 

Impossible to doubt the world: it can be seen
And because it is irrevocable

It cannot be understood, and I believe that fact is lethal

And man may find his catastrophe,
His Millennium of obsession.

    air moving,
a stone on a stone,
something balanced momentarily, in time might the lion

Lie down in the forest, less fierce
And solitary

Than the world, the walls
Of whose future may stand forever.

 

*

 

Impossible de douter du monde : il est visible
Et étant irrévocable

Ne peut être compris. Je crois le fait mortel

Et que l’homme peut entrevoir sa catastrophe,
Son Millenium d’obsession.

    l’air qui se déplace
une pierre sur une pierre,
quelque chose qui oscille un instant, plus tard peut-être le lion

S’étendra-t-il dans la forêt, moins féroce
Et solitaire

Que le monde, dont à l’avenir
Les murailles peuvent se dresser à jamais.

 

*

 

Impossibile dubitare del mondo: è visibile
E siccome è irrevocabile

Non può essere capito. Credo che questo sia letale

E che l’uomo può prevedere la sua catastrofe,
La sua Millenaria ossessione.

    l’aria che si sposta,
una pietra su una pietra,
qualcosa che oscilla un istante, più tardi forse il leone

Si stenderà nella foresta, meno feroce
E solitario

Del mondo, di cui in futuro
I muri possono erigersi per sempre.

 

 

[Collected Poems ; Poésie complète, traduit par Yves di Manno, José Corti 2011]

 

Hair and faces glossy with sweat in August
at night through narrow streets glaring with lights
people as if in funeral processions;
on stoops weeds in stagnant pools,
at windows waiting for a wind that never comes.
Only, a lidless eye, the sun again.

No one else in the street but a wind blowing,
store-lamps dimmed behind frosted panes,
stars, like the sun broken and scattered in bits.

*

Cheveux et visages luisant d’une sueur d’août
la nuit, par d’étroites ruelles aveuglantes de lumière
des gens, comme en procession funéraire;
ou sous les vérandas, des herbes folles en eaux stagnantes,
ou aux fenêtres, guettant le vent qui ne veut pas venir.
Seulement, au matin, œil sans paupière, le soleil.

Personne dans la rue hormis le vent qui souffle,
éclairages baissés derrière les vitres dépolies —
étoiles, comme d’un soleil brisé, pulvérisé.

*

Capelli e visi lucenti di un sudore d’agosto
di notte per strette viuzze abbaglianti di luci
persone come in cortei funebri;
sotto verande erbe selvagge in acque stagnanti,
alle finestre, aspettando il vento che non vuole venire.
Soltanto, occhio senza palpebra, il sole di nuovo.

Nessuno per strada eccetto il vento che soffia,
luci dei negozi abbassate dietro vetri opachi —
stelle, come un sole spezzato, polverizzato.

 

[Rhythms I & II, and Poems ; The Estate of Charles Reznikoff, 2005 ; Editions Héros-Limite, 2013, traduit par Eva Antonnikov e Jil Silberstein]